06 juin 2009
HOME - le film - Yann-Arthus Bertrand
HOME - le film - Yann Arthus Bertrand
A part si vous revenez d'un séminaire sur MARS, vous n'avez pas coupé au buzz cette semaine sur le film évènement de Yann-Arthus Bertrand HOME.
Diffusé sans royalties sur tous les médias disponibles (Internet, cinéma et france 2 pour la France) vendredi 5 juin 2009, ce film se veut un signal d'alarme écologique comme l'a pu être le documentaire d'Al Gore (prix Nobel de la paix 2007) "une vérité qui dérange" en 2006. La comparaison pour moi s'arrêtera là...

Tout d'abord félicitons l'initiative de ce film partant d'un bon sentiment, et les chiffres d'hier !
Plus de 8,3 millions de téléspectateurs (33 % de part d'audience) ont découvert, hier soir, le documentaire Home, de Yann-Arthus Bertrand. Un score qui dépasse toutes les espérances de France 2.
Au-delà des chiffres, il semble enfin que la plèbe semble enfin témoigner d'une prise de conscience collective des dangers qui guettent la planète. Sécheresse, urbanisation galopante, pénurie d'eau, pollution, course à l'or noir et aux énergies fossiles : l'activité humaine débordante est responsable du changement climatique, de l'épuisement des ressources et d'un futur pas forcément idéal pour notre planète...
Produit par Luc Besson, Home a nécessité deux ans de tournage dans 54 pays. Les 500 heures de rush ont été ramenées à deux heures. Pour maximiser la diffusion, le mode de distribution gratuit a été privilégié, si bien que Home a été financé par un mécène, François-Henri Pinault. Le patron du groupe PPR a consenti à débourser, au total, 12 millions d'euros. Rappelons que PPR c'est FNAC, Conforama, Gucci, Printemps, Puma, la Redoute, le Point, CFAO (distribution, automobile, produit de consommation avec l'Afrique), en gros un bon groupe qui fait de l'argent sur les produits de consommation sans regarder l'impact sur l'environnement... Un paradoxe! J'aimerai aussi connaître le coût sur l'environnement de ce film : voyage dans 54 pays, 217 jours de tournage, 500 heures de films vu d'hélicoptère... sachant que c'est un des objets volants le plus consommateur de carburant ...???

Depuis ce vendredi - Journée mondiale de l'environnement (je parie que vous ne le saviez pas), Home est sorti, libre de droits, dans 126 pays simultanément : sur écrans géants à Paris, à New York, à Londres, à la télévision (plus de 100 chaines), sur Internet, au cinéma, dans les écoles (20.000 copies en France), dans les prisons.
Grosse réussite donc et grosse mécanique mise en place. Luc Besson producteur envisage même une suite avec les rush que filmeraient chaque personne ayant un caméscope...
Concernant le film, c'est là que la machine s'essouffle à mon avis.
Chaque plan de la démonstration de Home est illustré depuis le ciel, mode de prises de vue préféré de Yann-Arthus Bertrand. Il est effectivement connu pour ses photos "la terre vue du ciel" ou effectivement vu du ciel, tout est relativement beau! YAB est un bon photographe paysagiste, ces plans sont magnifiques, mais sorti du contemplatif il n'y a rien derrière.
Sur ces belles images travelling avant, arrière, gauche à droite, il nous débite d'une voix monocorde et soporifique des chiffres donnés par des spécialistes en écologie, mais le discours ne va pas avec les images.
Faites un essai, coupez le son et mettez un disque de classique, ou un buddha bar, et vous aurez le même résultat, sympa en fond sonore lors d'un apéro.
De plus son film, comme l'était Atlantis (le film aquatique de Luc Besson, sur de la musique d'Eric Serra) n'a aucune structure, il se vante même sur son site d'avoir commencé le torunage sans avoir de scénario... ça se voit! C'est un enchainement de paysages vus du ciel, et personnellement je trouve les vues de New York aussi jolies que celle des rivages africains où les pêcheurs se tuent pour pêcher le poisson qui devient rare, tout comme sont magnifiques les images de la forêt en feu d'Amazonie ou les sols lessivés d'Haïti impropres à toute culture!
Yann-Arthus Bertrand sait rendre beau même un désastre, il pourrait même trouver de l'esthétique à un camp de la mort; je ne critique pas son indiscutable talent, c'est son métier et son art de faire cela, mais je trouve que cela dé-sert le sujet plutôt qu'autre chose. C'est un excellent photographe de paysage, pas un reporter, ni encore moins un orateur sur l'écologie!

Coté monologue de chiffres, qu'avez vous retenu ?
Je me souviens pour ma part que tout s'accélère (dit au moins 20 fois), que dans 10 à 20 ou peut être 50, ou juste après, ce sera la cata sur Terre, que la démographie est galopante, que la calotte glaciaire fond, que des espèces meurent chaque jour, que le CO2 c'est mal pour la planète et qu'il n'a jamais été aussi concentré dans l'atmosphère...
Ok que des trucs que l'on sait depuis des lustres, 12 millions d'Euros pour des belles images et des constatations que tout le monde connait au moins depuis 5 ans...
Je m'attendais à quelque chose de plus riche, de plus travaillé qu'une simple évocation de chiffres sur de beaux paysages!
Où est l'analyse, où sont les enjeux, les contraintes, les solutions, les risques, les moyens pour s'en sortir? C'est là ou Al Gore nous mettait une baffe magistrale dans son documentaire, où les risques étaient parfaitement posés, et où il mettait l'accent sur le fait que les solutions ne sont pas évidentes à trouver, mais qu'une prise de conscience dès maintenant permettra en se posant les bonnes questions de trouver les bonnes réponses.
"Dans 20 ans, le monde sera complètement différent : comment fera-t-on avec un monde sans pétrole, un climat complètement différent ? Il faut sortir du déni, contempler ce qui reste doit nous aider à réagir." selon yann-arthus Bertrand.
Oui le monde sera différent dans 20, heureusement, avec la démographie galopante il faut s'adapter. Comment fera t on avec un monde sans pétrole ? On fera sans, car le pétrole ne va pas s'arrêter d'un coup, il va devenir rare, donc cher, donc cela poussera à utiliser des énergies alternatives qui ne sont pas rentables aujourd'hui.
Le climat sera complètement différent... peut être... personne n'avait réellement prévu les changements climatiques, tout a été dit avec son contraire, et il y a un risque mais pas inéluctable.
Contempler ce qui nous reste pour réagir, alors là non !
Au contraire, regardons la misère, les abus, le gaspillage, l'absurdité de notre quotidien pour réagir, regarder du beau n'a jamais fait réagir les gens. Pensez vous que c'est en regardant un reportage sur les panthères ou les bébés phoques que vous allez freiner le commerce de la fourrure, ou plutôt en montrant les massacres pour extraire les peaux ?
Donc avis partagé entre le fait que HOME a touché un large public en abordant la problématique écologique à l'échelle planétaire, et le fait qu'il reste pour ma part plus un exercice de style artistique qu'un réel essai-documentaire à caractère scientifique écologique et économique. Ma réserve porte aussi sur la nature des associés à ce projet, Luc Besson et PPR, plus connus pour leurs motivations financières que pour être des défenseurs de l'écologie.
G.o.T
Commentaires
pas tout le monde n'a la même sensibilité et la même réflexion.
Si ce reportage à fait prendre conscience à des personnes insensibles jusque là du problème, pourquoi pas ?
Yann Arthus Bertrand n'a jamais dit qu'il avait des solutions.ces sont moyens à lui de pousser un coup de gueule.
Le beau avec un commentaire catastrophique peut faire réagir. Tu peux arreter la bande son mais les faits sont là.
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